Naissance
Aston se souvient encore, sans amertume de cette gifle monumentale qu’il reçut par derrière de son oncle, un matin alors qu’il dessinait. Il avait alors 10 ans et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’art n’avait pas la côte dans sa pragmatique famille.
Cela n’a pas empêché l’enfant, à l’école de se vouer aux « activités culturelles et éducatives » : dessin, tissage , confection de bibelots à l’aide de noix de coco, bambou, mais aussi musique et théâtre. Ces activités affirme-t-il développeront sa dextérité, son intérêt pour le « manuel ».
Plus tard, Aston continue de faire de la peinture sur toile ou contreplaqué, comme ça de temps en temps, dans un but alimentaire. C’est qu’une autre passion avait pris le pas sur l’art plastique : Aston devint bassiste et parcourt l’Afrique, jouant dans diverses formations.

Re-naissance
Or un jour d’octobre 1999, l’homme se réveille et se met à écumer vons, plages, décharges publiques, à ramasser des objets jetés par d’autres, sous l’oeil ahuri et méfiant des passants qui le prennent pour fou.
Puis, méthodiquement, il les assemble, les fige sur des tableaux ou en dès sculptures. Aston ne peut comprendre la manie des gens à se débarasser des objets prétendus inutiles. Il parle même de « maltraitance » des objets.
C’est qu’au delà de leur fonctionnalité première, les objets semblent dotés pour Aston d’une valeur irréductible, d’une potentialité à créer du sens, par rapprochement méthodique.
C’est cette corrélation, ce rapport réciproque que l’artiste tente de saisir, d’apprivoiser, de mettre à son service.
Car pour cet homme incapable de retenir le flot de révolte qui l’agite, l’art est avant tout un formidable moyen d’expression. Comme si de ce mélange de formes et de matières devait naître un cri. Cri contre la guerre et ses conséquences, cri contre la corruption, l’oppression, la dictature, la militarisation dont souffre l’Afrique (Akpémi akou, Afrique des tempêtes, Démokalachnikov, After God na soldier, Dictateurs, Dilapidation des biens publics, Politichiens, etc). Cri contre l’oubli de l’Histoire, contre la déperdition des cultures africaines et la recolonisation douce du continent (Torture, Pyramide des origines, Stupide et inutile, Médecins après guerre, Recolonisation...). Cri contre la dégradation infligée à l’environnement (Watch out and protection, Urbanisme, l’Irréparable, Désertification, Nature to nature to torture, Take care, Bien et mal...).
Aston met en scène croyances et rituels traditionnels (Le tribut, Igui oun ta nan, Reine Dogon, l’Irréversible, Dan dagbé ma sa vô, Sondages, Force neutre...), observe la société contemporaine (Tendances, Dévaluation, Attention sida, Legalise, Suicidaire, Asharoua, Grandes gueules, Visages de femmes, Marqueurs...), s’interroge sur la vie et le temps qui passe (Arrêt sur image, Evolution, Ponts, Time is flower, la survie...), s’émeut devant la beauté d’un couché de soleil (Le crépuscule – Houéyiho).